Joyce Carol Oates, « Daddy Love »

Daddy love blogTrash. Puissante. Intense. Violente. Voici les mots qui me viennent à l’esprit quand je me demande à quoi peu bien ressembler la plume de Joyce Carol Oates, dont j’ai déjà beaucoup entendu parler, sans jamais oser la découvrir. Je pense qu’elle parle de mort, qu’elle analyse le mal qui sommeille et se réveille, et j’ai envie de lire ses romans mais ça me fait peu peur, aussi. Et puis je tombe sur la très belle chronique de La Fée Lit (ici), et je me dis que Daddy Love pourrait être la porte d’entrée de son univers…

envie

Présentation de l’éditeur, tronquée encore une fois. (La quatrième de couv’ résume 95% de l’histoire, grrrrrr…)

Avec Daddy Love, Oates emmène son lecteur aux frontières de l’horreur. Une horreur qui commence dans le centre commercial où Robbie, cinq ans, l’enfant chéri des Whitcomb, est enlevé sous les yeux de sa mère.

Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons dont il se débarrasse dès qu’ils atteignent onze ou douze ans. Devenu « Gideon », Robbie va ainsi passer sept ans à « obéir » à Daddy Love afin de survivre aux traitements abominables que celui-ci lui fait subir.

Mon avis

Vous avez vu ? Je n’ai pas mis de petites étoiles, aujourd’hui. J’ai l’impression d’être passée complètement à côté de ce roman, alors vous comprendrez qu’il m’était difficile de lui donner une appréciation…

La première chose qui m’a mise en difficulté, c’est que je n’ai pas compris le parti pris stylistique de l’auteur : le premier chapitre est raconté plusieurs fois, avec des précisions et nuances si ténues que je me suis demandé quel était le but de ce procédé. Et puis, le style, ben… Je l’ai pas trouvé. Et pourtant, je l’ai cherché, je vous jure. Des phrases plates, très courtes mais pas vraiment coup de poing. Des répétitions de noms dont je n’ai pas perçu le sens. Le genre de texte mal écrit un peu exprès. Je l’ai lu en anglais, et me suis humblement demandé si je ne manquais pas quelque chose (à part avec Shakespeare dans le texte tel qu’écrit à l’époque, ça ne m’arrive plus, d’être perdue à cause de la langue), et en ai donc également lu des passages traduits en français. Ben non. Elle me semble très bien, cette traduction. Il n’y a donc pas eu de barrière de la langue, mais un sacré fossé entre nos deux visions du style et des procédés narratifs. Peut-être Joyce Carol Oates a-t-elle voulu que son style soit le reflet du traitement infligé à Robbie : quelque chose d’insupportable ? Peut-être que tout simplement je n’y ai rien compris et voilà (je n’aime pas cette option, j’aime bien comprendre et avoir raison). En plus, l’option numéro un est quand même crédible parce que :

  1. J’aime bien avoir raison.
  2. Certains passages, cependant, m’ont subjuguée. Oui oui, carrément. La manière dont Oates décrit la souffrance mêlée à l’espoir des parents est juste sublime. Là, l’écriture est fine, subtile, les sentiments sont explorés, travaillés. L’âme est presque disséquée, mais plus du tout cliniquement (à l’image du style utilisé dans les passages où c’est Daddy Love qui occupe le devant de la scène) mais juste… humainement. Et là, ben… j’ai presque la mâchoire qui pend, parce que, vraiment, c’est trooop beau.

Ensuite, bien entendu, ce que subit le jeune Robbie, rebaptisé Gideon, est insoutenable et j’ai eu la gorge et le ventre noués à plusieurs reprises. À ce niveau, Oates a su trouver un parfait équilibre entre trop en dire et pas assez. Trop de pudeur pourrait minimiser le propos, de trop nombreux détails m’auraient tout bonnement fait refermer le livre (ce qui, en soit, n’aurait pas été dramatique, mais on m’a parlé d’une fin trop waw, alors j’avais pas très envie de refermer). Mais, ô comme c’est lent. Jusqu’à la fin du livre, j’ai attendu que l’introduction se termine, que l’histoire démarre. J’ai compris que Daddy Love est taré et que Robbie / Gideon / Fils subit l’enfer. Mais on en fait quoi, ça nous mène à quelle réflexion ? Moi, ça m’a menée à une fin exactement comme je l’imaginais, alors je n’ai pas été soufflée. Et j’ai refermé le livre vachement frustrée.

conclusion

614y6aoVHLLJe ne suis pas certaine d’avoir choisi le bon livre pour découvrir Joyce Carol Oates. Le sujet frôle l’insoutenable, l’intrigue est lente, et la fin dont j’attendais tant ne m’a pas scotchée. Mais je relirai Oates. Parce que quand elle parle de la souffrance des parents, elle est juste. Et touchante, même. Et très humaine (et vous savez, moi, j’aime bien l’humanité). Et parce que les auteurs et leurs oeuvres, c’est un peu comme les légumes (ne cherchez pas, c’est moi l’auteur de cette comparaison pour le moins saugrenue) : c’est pas parce que j’aime pas les asperges que je n’aime pas les légumes en général. Bah ici, c’est pareil. Je n’ai pas trop aimé ce livre, mais je suis convaincue d’en savourer d’autres. D’ailleurs, si vous voulez me souhaiter bon appétit, venez me dire lesquels vous avez préférés !

Ce livre est paru en VO en 2013. Vous le trouverez en poche chez la maison d’édition « Head of Zeus » (272 pages). 

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11 réflexions sur “Joyce Carol Oates, « Daddy Love »

  1. Cette histoire m’intrigue! Pour ma part, j’ai lu Nulle et Grande Gueule il y a longtemps et j’avais beaucoup aimé (mais c’est vraiment très lointain donc si ça se trouve, c’est pas si bien que ça xD) et plus récemment, j’ai lu Bellefleur, qui est un pavé et qui n’est pas toujours très digeste mais qui m’a bien plus au final. En tout cas c’est une auteure que je continuerai à découvrir petit à petit et c’est bien que tu ne t’arrêtes pas à une mauvaise première expérience!

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    • Merci pour tes conseils! Moi aussi, j’ai envie de continuer à la découvrir. Plus je parle de ce roman avec des gens qui l’ont lu, plus ma réflexion se nourrit, et j’adore les livres qui se prêtent à l’interprétation, à l’analyse. Oates, donc, reste sur ma liste d’envies!!

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  2. Je n’ai pas lu celui-ci parce que le sujet est beaucoup trop trash pour moi. j’ai lu et adoré « Blonde », sa bio romancée de Marilyn Monroe, ainsi que « Les chutes », que j’ai aimé aussi, et depuis j’ai chaque fois trouvé que les résumés avaient l’air si sordides que j’ai passé mon tour. C’est une grande romancière, mais un trop torturée pour moi. Mais « Blonde » est très très réussi.

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    • Quand j’ai envie de lire un risque qui pourrait être compliqué pour moi, quelle qu’en soit la raison, je me rappelle les « Droits inaliénables du lecteur » que Daniel Pennac énumère et explique dans « Comme un roman », en particulier le droit de sauter des pages et de ne pas finir un livre. C’est tout bête mais ça m’aide beaucoup!

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  3. Peut-être n’as-tu pas commencé par le bon livre en effet 😉 Car Oates est une auteure incroyable, il faut absolument que tu en lises d’autres d’elle… Je te conseille Fille noire, fille blanche qui est sublime, et très fort. Son écriture est juste incroyable. Il y a Nulle et Grande Gueule que j’avais lu adolescente et adoré…

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