Laurie Halse Anderson, « Vous parler de ça »

Speak blog9 sur 10

Bien qu’il ait été écrit il y a plus de dix ans, je n’ai entendu parler de ce roman que lors de la parution, toute récente, de sa traduction française. Les chroniques télévisées dithyrambiques parlaient d’un roman de la même qualité que L’attrape-coeur de Salinger. Je n’ai pas lu ce dernier roman, mais les critiques enthousiastes m’ont donné envie de me jeter sur ce roman. Je l’ai dévoré et adoré.

envie

Melinda sait que sa troisième secondaire sera une année particulièrement difficile pour elle : parce que, pendant l’été, elle a gâché une fête en appelant la police avant de s’enfuir, elle est devenue la paria de son école. Ses anciens amis l’ont repoussée et tout le monde la regarde de travers. S’enfermant progressivement dans le mutisme, la jeune fille ne semble trouver son salut que lors des cours d’expression artistique de M. Freeman. De page en page, le roman révèle le traumatisme qu’elle a vécu pendant l’été, et raconte le chemin psychologique effectué par Melinda.

Mon avis

Avant de développer mon avis, je tiens à faire la précision suivante. La traduction française de ce roman est publiée chez « La belle colère », maison d’édition spécialisée dans les « romans pour adultes dont les héros sont des adolescents. » La ligne éditoriale s’applique parfaitement à ce roman, qui pourra être lu avec autant d’intérêt par des ados que des adultes.

Ce roman a été à la fois un coup de coeur et un coup de poing. Tout d’abord parce que j’ai adoré le ton : raconté à la première personne, le livre dépeint sans concession, à travers les yeux d’une adolescente détruite, la vie dans un lycée américain. Les critiques sont acerbes mais non dénuées d’humour et malgré la situation très difficile de Melinda, Vous parler de ça ne verse pas un instant dans le misérabilisme. L’histoire se déroule petit à petit, jusqu’à ce que le lecteur comprenne ce qui est arrivé à l’adolescente mais le roman est porté par bien d’autres choses que son intrigue.

D’abord, ce livre propose une analyse sardonique de tout ce qui peut se jouer sur un campus américain. L’importance des différents groupes (les membres de l’équipe sportive, les pom-pom girls, les filles populaires…) met l’accent sur le besoin d’appartenance, soulignant par là les difficultés de l’isolement de Melinda. Soumis à une pression sociale soutenue par l’institution (les élèves, par exemples, sont notés sur leur tenue vestimentaire), les adolescents doivent rentrer dans le moule s’ils ne veulent pas devenir des parias. Melinda est forcée d’évoluer dans cet univers oppressant qui ne lui permet pas d’exprimer sa souffrance. C’est ainsi que, prisonnière de cet univers, Melinda s’enferme petit à petit dans un mutisme qui ne fait que l’éloigner un peu plus du microcosme dans lequel elle vit.

Ensuite, Vous parler de ça aborde avec beaucoup de justesse les tourments de l’adolescence, cette période de la vie où les sentiments sont exacerbés sans pour autant être exprimés par ceux et celles qui les éprouvent, ou perçus par leur entourage. Un entourage tellement important parce que c’est lui qui ne voit pas ou refuse de voir, d’écouter, de comprendre. Un entourage qui pourrait anéantir comme il pourrait ressusciter. Les « amis », les professeurs, la famille, tout le monde est passé au crible. Tantôt ils  soutiennent Melinda, tantôt ils l’enfoncent dans son marasme, plus ou moins consciemment. Et parce que Laurie Halse Anderson est une sacrée écrivain, de nombreux personnages sont tout en nuances. Pas tous, parce que certains actes n’acceptent ni nuances ni compassion. Parce que la mièvrerie n’a pas sa place dans une telle histoire.

Enfin, ce roman m’a touchée parce que d’abord et avant tout, il y est question du ressenti, du vécu totalement subjectif d’une adolescente qui pose un regard à la fois sarcastique, acide et plein d’humour sur le monde qui l’entoure. J’ai adoré voir Melinda évoluer au fil des pages, tenter de se reconstruire comme elle peut, de panser ses plaies et d’aller de l’avant.

conclusion

Vous parler de ça est un roman écrit au vitriol, ce qui est jouissif, mais également emprunt d’une très grande sensibilité, et qui m’a beaucoup émue. Un énorme coup de coeur !

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2 réflexions sur “Laurie Halse Anderson, « Vous parler de ça »

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