Rowan Coleman, « Avant de t’oublier »

Memory book

8 sur 10

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois d’Avant toi, ce si beau roman de Jojo Moyes, qui m’avait tant émue. Il a été publié en français aux éditions Milady. Alors même si 99% de ce qu’ils proposent ne m’intéresse pas, je suis toujours de près leurs nouvelles parutions, au cas où ils auraient la bonne idée de proposer un autre roman du même acabit. La présentation d’Avant de t’oublier m’a tout de suite attirée. Je l’ai donc très vite acquis en VO, impatiente de savoir s’il serait à la hauteur des mes attentes.

envie

Pour lutter contre sa mémoire à la dérive, Claire note dans un carnet les souvenirs qui sont encore intacts. Ce carnet, c’est tout ce qui restera d’elle. Claire souffre d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer. En quelques mois à peine, aller au bout de la rue est devenu une expédition, emmener sa fille au parc, un périple. À tel point que sa mère la traite comme une enfant, que son mari est désormais un étranger, et que les mots lui manquent pour dire à ses filles, dans ses moments de lucidité, combien elle les aime et craint de les perdre pour toujours. Dans ces conditions, comment profiter des derniers jours avant l’oubli ?

Mon avis

 Dès les premières pages, je me suis sentie bien, dans ce livre. Il raconte avec des mots simples le quotidien de cette famille, perturbée par le développement précoce de la maladie d’Alzheimer chez Claire, la mère, qui oscille entre les moments de lucidité et d’oubli. Ces tranches de vie, racontées à la première personne par les différents protagonistes de l’histoire, montrent les difficultés qui peuvent apparaître dans les situations apparemment les plus simples.

Ce sont ces moments de vie quotidienne qui m’ont le plus émue. Parce que Claire perd la mémoire et qu’elle va mourir bien trop jeune, chacun de ses instants a une dimension, une importance toute particulière, que Claire soit lucide ou non. Faire ses courses, préparer un gâteau avec sa fille si jeune qu’elle n’en gardera sans doute que de très vagues souvenirs, décrocher le téléphone et oublier comment il fonctionne et pourquoi on l’a en main… sont autant d’activités affectées (ou rendues sublimes) à cause de la déchéance psychologique et physique de Claire. Claire, qui tente de préserver les siens des affres de sa maladie, envers et contre tout. Claire, qui souffre tout autant dans ces moments de lucidité que d’égarement, car reste toujours consciente, à un niveau ou un autre, que quelque chose ne pas plus.

Rowan Coleman explore également la relation qui unit Claire et Greg, son mari bien plus jeune qu’elle. Elle dessine en parallèle l’amour naissant mais incontrôlable qui nait lorsqu’elle rencontre Ryan dans un bar. Bien qu’elle le mette rapidement au courant de sa maladie, il en fait totalement abstraction et cela lui fait du bien. Si j’ai trouvé la première relation très touchante et bien décrite, j’ai trouvé la seconde franchement mièvre, et son dénouement, qui ne m’a pas surprise, n’a fait qu’en rajouter une couche là où je pense qu’il était sensé être beau et dramatique.

Une troisième intrigue est intégrée au roman, qui tourne autour de Claire, cette fois. Sans en révéler trop, je peux vous dire qu’elle va partir à la recherche de quelque chose. J’ai apprécié l’idée, mais je l’ai trouvée, elle aussi, traitée de façon mièvre, limite guimauve, à tel point que j’ai très vite cessé d’y croire et que la lecture m’en devenait pénible.

Ces défauts sont néanmoins atténués par l’écriture très sensible de Rowan Coleman. Bien que j’aie trouvé son écriture inégale et pas toujours très adéquate, il me semble impossible de faire abstraction de la très grande sensibilité qui imprègne chaque ligne de ce roman. Entre les chapitres qui déroulent l’intrigue chronologiquement, cette humanité est également soulignée par les nombreux extraits du « Carnet de souvenirs » que rédigent tour à tour les différents membres de la famille. Chacun de ses passages évoque un souvenir, récent ou lointain, qui donne de l’intensité au récit principal, et ancre simultanément cette histoire dans son présent (que l’on comprend mieux) et dans tout ce qu’elle a de plus tendre à offrir.

conclusion

Si j’ai adoré la description des liens qui unissent Claire à ses deux filles, j’ai trouvé que les autres aspects de l’intrigue étaient traités avec trop de maladresse et de mièvrerie: sa relation avec son époux, l’intrigue tournant autour de sa fille, Claire… tout ça manquait grandement de nuances, de profondeur. Cela m’a dérangée, bien trop à mon goût, même. Mais la vie quotidienne et l’amour maternel étaient, eux, tellement bien traités que je garde néanmoins un très bon souvenir de la lecture de ce roman, que je recommande en dépit de ses défauts.

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