Serge Joncour, « Repose-toi sur moi »

repose-toi-sur-moiFin août, je suis tombée amoureuse. Trois fois. En trois jours, j’ai lu trois romans magnifiques dont je ne me suis pas encore totalement remise. Trois romans qui m’ont tellement surprise, chavirée, émue, bouleversée que… que je ne savais pas comment vous en parler. Comment vous dire l’amour sans être guimauve, vous transmettre l’émotion sans être mièvre, et vous convaincre, aussi. Parce que ces trois perles-là, j’ai envie que plein de gens les lisent. Parce que c’est trop beau, parce que depuis janvier, je n’avais eu qu’un réel coup de coeur (Amours de Léonor de Récondo), et qu’alors trois claques littéraires bouffées en trois jours, ça m’a tellement surprise que j’en suis restée sans voix, sans mots pour vous en parler. Mais je n’y tiens plus, de garder tout ça pour moi.10 sur 10

envie
Quatrième de couverture
Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien. Dans ce grand roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer semble être la dernière façon de résister.

Mon avis

Vous me croyez, si je vous dis que c’est la quatrième fois que je tente de rédiger ce foutu avis? Il ne sera sans doute pas aussi beau que je le voudrais, mais j’en ai marre de ne pas vous dire. J’en ai marre de laisser le blog dormir tellement, pour une fois, les mots me manquent. Alors crotte, je vais écrire d’un grand trait, et tant pis pour ce que à quoi ça va ressembler ou ne pas ressembler. Mais il est grand temps de vous parler de cette pépite-là. Ou, comme l’a dit Apollinaire, « il est grand temps de rallumer les étoiles » (je dis pas ça par pédanterie pour le blog que je prends pour une étoile, hein, mais la phrase est trop belle, je l’ai repérée quand j’avais 15 ans, et les phrases trop belles que j’ai repérées à 15 ans m’aident à écrire des avis qui veulent peut-être dire quelque chose).

Repose-toi sur moi, c’est trop beau parce que c’est totalement ancré dans la réalité. Lui, il vient de la campagne et il a du mal à trouver sa place en ville. Il est un peu brut de décoffrage, semble un peu rustre au premier abord, et ça convient bien à son métier de recouvreur de dettes. Secouer un tout petit peu les gens moralement, les faire réagir pour qu’ils acceptent de raquer. Cette misère-là, tristement réelle, fait partie intégrante du roman, et lui confère une atmosphère profondément touchante. Bien écrite, la misère ne fait pas pitié, elle émeut. Et puis elle, en train de se faire avoir comme une bleue par son associé qui essaye de la doubler, ça aussi, ça fait partie d’une réalité un peu triste. Ils ont leurs failles, tous les deux, qui sont tout à la fois les leurs et les symptômes d’une société qui se perd.

Cette fragilité, au départ, c’est leur seul point commun. Le géant fait un peu peur à la fluette. Mais quand-même, il a buté les corbeaux. Ni l’un ni l’autre ne semble bien à son aise dans sa fonction sociale. Un peu écorchés par la vie, ces deux solitudes vont se trouver, se compléter, et au-delà des presque caricatures que l’on pourrait craindre en lisant mes lignes, ce sont les portrait de deux personnages profondément humains, émouvants et attachants, que Serge Joncour a brossés.

Repose-toi sur moi, c’est trop beau parce que c’est totalement ancré dans la réalité mais qu’en même temps, c’est écrit avec une poésie faite de mots tous simples qui s’enchainent comme les fraises dans ma bouche en été. À chaque fois, il tape juste. Il parle d’amour, de rencontre, et PAF, c’est tout pareil dans ma tête (mais il le dit en plus simple et en plus joli). Il parle de sexe, un peu, de désir, d’urgence, beaucoup. Et, un tout, tout p’tit peu comme Delphine de Vigan dans Un soir de décembre, Serge Joncour décrit une attirance aussi irrationnelle que déroutante, et pourtant, tellement nécessaire.

Aux premiers moments d’une histoire, l’idée de l’autre obsède, on y pense tout le temps, ce qu’on a vécu avant n’existe plus, le passé est cette chose insignifiante et prodigieuse qui s’est contentée de nous amener là, comme si vivre n’avait servi qu’à ça, à ce besoin de retrouver l’autre.

Et puis, c’est trop beau, parce que juste le titre, il est vachement émouvant. Moi, ça me touche de lire un livre qui parle tellement bien d’amour sans avoir besoin de ce mot, sans avoir besoin de dire « je t’aime ». Un peu comme un écho au titre d’un autre de ses romans, L’amour sans le faire, Joncour parle d’amour sans le dire. Et je trouve ça vachement beau de ne pas dire à l’autre « j’ai besoin de toi », mais « toi aussi, tu peux avoir besoin de moi, et je suis là, et tu peux te reposer sur moi. » Comme si, Repose-toi sur moi, ça voulait aussi dire « abandonne-toi. » Et moi, j’ai terriblement envie que vous aussi, vous vous abandonniez à ce livre.

conclusion

J’ai failli écrire : « allez-y les yeux fermés ». Mais en fait non, j’ai envie que vous y alliez les yeux grands ouverts, que vous ne perdiez pas un mot du texte. J’ai envie que vous aussi, vous vous laissiez éblouir par ce diamant brut, et là, vous pourrez fermer les yeux. Pour la meilleure raison du monde.

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