Colombe Schneck, « Dix-sept ans »

Dix-sept ans blog

8 sur 10

À un moment où le droit des femmes à disposer de leur corps est remis en question dans plusieurs pays, Dix-sept ans, où Colombe Schneck raconte l’avortement qu’elle a subi adolescente, est un court récit qui tombe à pic.

envie

« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter. J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? »

avis

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », a dit un certain Arthur Rimbaud. À dix-sept ans, Colombe est une jeune fille désinvolte. Elle a un amant qu’elle est fière de ne pas aimer. Elle prend la pilule comme ça, quand elle y pense, parce qu’elle est plus forte que son corps et que tomber enceinte, ce n’est pas son genre. Jusqu’au jour où elle est bien obligée de se rendre compte qu’elle n’est plus réglée depuis trop longtemps. Commence alors pour elle le parcours que certains ont qualifié de « banal et confortable ».

Dans un style épuré, Colombe Schneck raconte son IVG dans une succession de chapitres très brefs. J’étais comme ci, il y a eu cela. Au début, le texte m’a paru d’une froideur presque chirurgicale. J’avais l’impression que la narratrice se racontait avec une désinvolture et un détachement peu appropriés à ce thème. Mais au fur et à mesure que le récit avance, Colombe Schneck dénoue les fils de sa pensée et de ses sentiments ; elle est étonnée, en fait, que son avortement ne la laisse pas indifférente, et dès ce moment, le style change aussi. Il est moins distant de son personnage. La narration, au présent et à la première personne, confère au récit une très grande intensité : ce n’est pas le regard d’une femme mûre et distanciée, que nous avons ici. C’est le point de vue d’une adolescente perdue parce qu’elle doit faire face à l’inattendu.

J’ai été vraiment touchée par ce roman. Parce que son thème me tient très à coeur et qu’il rappelle que l’insouciance ou les erreurs ne méritent pas l’opprobre ; parce qu’il rappelle, avec justesse et sensibilité, ce que disait Simone Veil : « l’avortement est toujours un drame ». Même si la décision de Colombe Schneck l’a libérée et lui a permis de choisir sa vie, elle n’en est pas sortie indemne.

conclusion

Ce roman est aussi bref que nécessaire. J’ai été très touchée par l’écriture sensible dont le style évolue en même temps que la narratrice. J’ai été émue de lire ce récit autobiographique qui rappelle qu’un avortement n’est pas anodin. De nos jours, je pense que c’est important.

Publicités

Une réflexion sur “Colombe Schneck, « Dix-sept ans »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s