Baptiste Beaulieu, « Alors voilà : Les 1001 vies des urgences »

Alors voilà10 sur 10

J’ai démarré ce livre en m’attendant à grignoter des chroniques drôles et légères sur le monde hospitalier. Après plusieurs lectures éprouvantes, je cherchais la facilité, la détente. J’ai eu la très jolie surprise de découvrir un livre bien plus profond que je ne pensais.

envie

Des Urgences au rez-de-chaussée aux soins palliatifs du cinquième étage, voilà la vie d’un jeune interne, qui déteste commencer sa journée par une tentative de suicide. Une patiente en stade terminal s’impatiente : son fils est bloqué à Reykjavik à cause d’un volcan en éruption. Pour lui laisser le temps d’arriver, l’apprenti médecin se fait conteur. Se nourrissant de situations bien réelles, Baptiste Beaulieu passe l’hôpital au scanner. Il peint avec légèreté et humour les chefs autoritaires, les infirmières au grand cœur, les internes gaffeurs, les consultations qui s’enchaînent, les incroyables rencontres avec les patients… Par ses histoires d’une sensibilité folle, touchantes et drôles, il restitue tout le petit théâtre de la comédie humaine.

Mon avis

J’ai démarré le livre en le picorant. Je le lisouillais comme-ci comme-ça entre deux portes, juste quelques minutes, pour ne pas m’ennuyer. Jusqu’au jour où une attente plus longue que les autres m’a plongée dedans pendant presqu’une heure. Là, j’ai commencé à réaliser que ce livre est bien plus riche qu’il n’y paraît. Car si l’humour est présent de bout en bout, la tendresse n’est pas en reste non plus. Dans un style irréprochable et faussement familier, Baptiste Beaulieu exprime à chaque page toute la bienveillance qu’il a pour ses patients. Même une anecdote sur un toucher rectal devient alors touchante, parce qu’il sait les mots pour dire l’angoisse du patient et ceux pour dire son envie à lui que ce moment désagréable se déroule le plus sereinement possible.

Il en voit des vertes et des pas mûres, Baptiste Beaulieu, entre cette femme surprise d’être enceinte alors que son compagnon prend sa pilule quand elle l’oublie et ce monsieur qui, se trouvant le teint brouillé, décide qu’il doit absolument passer un scanner. Mais chaque anecdote, pourtant, est touchante, à sa manière, parce que chacune est empreinte d’humanité. Parce que sans être naïvement optimiste, le médecin-écrivain estime – à juste titre – que « voir le bon côté des gens est la plus honorable forme de résistance face à la brutalité des Hommes et de la vie. » Ainsi, c’est à cela, qu’il s’escrime : voir le bon côté. Non pas sublimer la mort ou adoucir la maladie (d’ailleurs, il est bien placé pour savoir que non, ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas toujours plus fort) mais identifier ce qui est drôle, humain, et y mettre de la poésie.

De la poésie, oui. Et c’est ça, aussi, que j’ai adoré : Baptiste Beaulieu mêle avec maestria le lyrisme et le concret, l’émouvant et le cocasse. L’écriture est presque orale mais parfaitement maîtrisée, et sans cette verve, ces récits seraient quasiment illisibles. Parce que la misère, le pathétique et la tristesse deviendraient bien vite insoutenables ou trop déprimants. Mais non. L’auteur nous écrit comment une femme réussit à s’accrocher à la vie quand on lui « jure que le ciel est mieux qu’un cinéma, mieux qu’une cathédrale. » Quelques pages plus loin, il déclare que « soit la vie a un sens, et il est trop compliqué à déchiffrer, soit elle n’en a aucun, et alors il vaut mieux manger, boire, danser et faire l’amour le temps que ça dure. » Surtout, il n’en fait jamais trop. Les phrases sonnent toujours juste, et les aphorismes ne sont jamais étouffants car monsieur Beaulieu a un sens aigu de la retenue et la pudeur. Il sait que certaines histoires n’ont pas besoin d’artifices ou de philosophie pour se raconter. Dans ces moments-là, il raconte la réalité sans fard ni effet de style. Et c’est très bien comme ça.

conclusion

Ce livre a été une très jolie surprise littéraire: je m’attendais à un texte juste drôle et léger. Une fois ce joli vernis gratté, j’ai profité d’une lecture très émouvante. L’improbable y côtoie le banal, et tout est raconté avec des mots tellement justes que l’auteur a réussi à me toucher à la lecture de chaque anecdote.  Alors voilà : les 1001 vies des urgences est une véritable pépite d’humanité, de tendresse et d’humour.

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2 réflexions sur “Baptiste Beaulieu, « Alors voilà : Les 1001 vies des urgences »

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